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L’impact économique du Grenelle de l’environnement est positif ‎

Stephane Hallegatte, Jean Jouzel, Julie Rozenberg, Le Figaro, 17 Décembre 2010

publié le

La page du Figaro

En pleine négociation internationale sur le climat, le ministère de l’économie a publié une étude critique sur les conséquences macroéconomiques du Grenelle de l’environnement. Les résultats indiquent un effet positif des investissements du Grenelle jusqu’en 2020, avec des gains de PIB pouvant atteindre 2%, puis un effet négatif de l’ordre de 0.5% du PIB jusqu’en 2050, suite « au fort ralentissement des investissements prévus par le Grenelle et le coût du financement des mesures ». Ces résultats ont été traduits dans la presse comme la prévision d’un impact globalement négatif du Grenelle sur la croissance française de long terme.

Les auteurs appellent à la prudence quant à leurs résultats, en précisant qu’ils sont fortement dépendants des mécanismes macroéconomiques modélisés, qui, par exemple, ne prennent pas en compte les effets positifs durables que pourrait enclencher le Grenelle en termes de compétitivité grâce à un surcroît d’innovation. Mais au-delà des choix de modélisation, les hypothèses, ainsi que l’interprétation des résultats, restent critiquables.

Tout d’abord, les prix de l’énergie utilisés pour les scénarios restent constants entre 2009 et 2050, à 130$ le baril de pétrole dans le scénario le plus pessimiste. Pourtant, dans son dernier rapport, l’Agence International de l’Energie propose un scénario de référence avec un prix du pétrole de 135$/baril dès 2030, et, au vu de la révision à la baisse récente de leurs estimations sur les réserves, il paraît très peu probable que ce prix n’augmente pas au-delà de 130$ d’ici 2050. Les hypothèses faites sur les prix des énergies fossiles sont pourtant cruciales quand on étudie l’impact macroéconomique de politiques énergétiques. En effet, les investissements du Grenelle permettront de réduire la dépendance de l’économie française aux importations de carburants fossiles, ainsi que sa vulnérabilité à une montée brusque des prix du pétrole. Si les auteurs avaient considéré un prix du pétrole croissant dans leurs scénarios, avec un « peak oil » plus marqué, les mesures du Grenelle auraient été positives sur le long terme.

Ensuite, les auteurs supposent que les investissements réalisés dans le cadre du Grenelle seront « fortement ralentis » à partir de 2020, et qu’ils seront alors remboursés par une augmentation des prélèvements. Il parait pourtant peu réaliste d’imaginer que le Grenelle de l’environnement n’aura pas de suite, alors que l’Union Européenne s’est engagée à réduire ses émissions de 20% en 2020 par rapport aux niveaux de 1990, et vise à les réduire de 80% en 2050. Un objectif si ambitieux est nécessaire pour maintenir le réchauffement climatique à moins de 2°C, et ne pourra certainement pas être atteint sans de nouvelles interventions de l’Etat. Dans tous les cas, il est difficilement imaginable de revenir à l’état « pré-Grenelle » à partir de 2020.

Enfin, même en acceptant les hypothèses de base de l’étude, les résultats sont loin de discréditer le Grenelle. En effet, l’impact à cout-terme des investissements sur le PIB (jusqu’à +2% en 2014 par rapport au scénario de référence) est beaucoup plus fort que leur impact négatif à long-terme (-0.5% par an entre 2020 et 2050). Ainsi, si l’on calcule le bénéfice global sommé sur la période 2009-2050, on trouve un résultat positif sur l’ensemble de la période. Le Grenelle apparaît donc plutôt comme un bon investissement !

Et encore, c’est en négligeant tous les bénéfices environnementaux, qui ne se limitent pas au changement climatique. Les mesures du Grenelles auront des impacts en termes de protection de la biodiversité et des espaces naturels, de pollution urbaine, de bruit, de confort thermique dans les bâtiments, de santé. Il est dommage que ces bénéfices, et notamment leur composante économique, ne soient pas mentionnés dans l’étude.

Stéphane Hallegatte, Jean Jouzel, et Julie Rozenberg