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Compte-rendu du Colloque Sciences sociales et transition énergétique

Par Patrick Criqui, Gilles Debizet, Olivier Labussière, Alain Nadaï

publié le , mis à jour le

Le colloque Sciences sociales et transition énergétique a rassemblé 140 participants les 28 et 29 mai 2015, à Grenoble. Porté par les laboratoires PACTE et CIRED, il répondait en particulier à la demande du CNRS de contribuer à la structuration des sciences sociales sur les enjeux de transition climat-énergie. En cela, ces journées interdisciplinaires ont aussi permis de renforcer l’effort déjà engagé dans ce sens au sein des Alliances Ancre et Athéna.

L’ambition de ce colloque était de concentrer les échanges scientifiques autour de quatre fronts de recherche : 1. La construction des futurs énergétiques ; 2. Les approches de la demande d’énergie ; 3. La recomposition des marchés de l’énergie et l’émergence de nouveaux communs ; 4. Les territoires dans la transition énergétique. Ces lignes de force, transversales à la communauté émergente des sciences sociales sur l’énergie, ont été identifiées au terme d’un processus mobilisant, au plan national, opérateurs de recherche et chercheurs coordonnateurs de projets. Ce processus original a permis d‘incorporer dans le processus de conception d’un événement scientifique classique, le travail de maturation d’un agenda de recherche partagé et des débats qui le sous-tendent.

Au titre des points marquants qui ressortent de ce colloque, nous retenons ce qui suit.

Futurs énergétiques

Les sciences sociales ont des capacités d’analyse des scénarios de transition énergétique, notamment au travers de celle des ‘mondes sociaux’ (collectifs, processus de travail, inclusion/exclusion de parties prenantes) qui portent le développement de ces scénarios. Ces « mondes » organisent la manière de discuter des options technologiques (ex. nucléaire et énergies renouvelables). Les SHS ouvrent une perspective nouvelle sur la manière dont les scénarios deviennent ou non politiquement négociables. Elles pointent l’ouverture encore trop limitée de ces exercices de scénarisation aux diverses parties prenantes, notamment citoyens et territoires.

Demande d’énergie

Les sciences sociales développent une analyse originale des expériences de smart-grid en portant l’attention sur le consommateur (dit “intelligent” ou “consomm’acteur”) que ces dispositifs tentent de faire advenir. L’analyse croisée d’expériences internationales souligne combien ces dispositifs ‘smart’ sont centrés sur des approches de marché et privilégient l’individu-consommateur, au détriment d’approches collectives de la demande d’énergie. Outre que les expérimentations en cours peinent à faire advenir le consommateur “intelligent” attendu, elles font émerger des problématiques liées à la création massive de données individuelles et aux enjeux de confidentialité, à des enjeux de partage et de valeur collective, ainsi qu’à l’environnement numérique - algorithmique – qui accompagne leur mise en place.

Marché et communs

Les sciences sociales portent le regard sur la construction de l’accès à de nouveaux services énergétiques et sur les sentiers de dépendance (aux organisations existantes, à des techniques, à des modalités de consommation). Elles interrogent également la manière dont les nouvelles régulations sectorielles, avec en particulier l’introduction systématique de la concurrence, créent ou au contraire limitent certains champs d’innovation technologique.

Territoires

Les sciences sociales caractérisent de nouvelles dimensions auxquelles font face les territoires au cœur de la transition énergétique : des héritages technologiques dont la transmission et la gestion à long terme sont parfois rendues difficiles par des politiques environnementales et patrimoniales qui peuvent paradoxalement en figer ou en effacer les éléments ; des politiques de démonstration technologique qui investissent les territoires sur des temps courts, sans être porteuses de recompositions innovantes pour les organisations locales. Même si la transition énergétique ne constitue pas toujours la “revanche des territoires”, elle rouvre à différentes échelles des possibilités d’autonomie tant énergétique que décisionnelle. Des capacités innovantes et inattendues peuvent en effet être décelées chez des collectifs locaux, plus ou moins institutionnels, capables de se saisir d’instruments économiques et de dispositifs publiques pour renouveler le parti qu’ils peuvent tirer d’actifs localisés.


La réussite de cet événement peut laisser espérer des prolongements futurs. Face à l’urgence climatique, la généralisation -rapide- des options énergétiques constitue un défi aux larges ramifications. Ce colloque a montré la capacité des sciences sociales à analyser les dispositifs mis en place par la puissance publique et les expériences émergentes ainsi qu’à les repositionner dans des questionnements sociétaux. Au-delà, forger les concepts permettant de penser la généralisation constitue un chantier de recherche essentiel pour la transition énergétique.

Les organisateurs souhaitent associer à cette réussite et remercier de leur soutien les partenaires suivants : le CNRS (INSHS, INSIS), les laboratoires PACTE et CIRED, Grenoble Alpes Métropole, l’Université Joseph Fourier, l’Université Pierre Mendès France ; ainsi que l’équipe administrative du laboratoire PACTE et ses doctorants.

Patrick Criqui, Gilles Debizet, Olivier Labussière, Alain Nadaï